Pour le compte de Art Zoom par HeleneCaroline Fournier (septembre 2004)

Est-ce que vous pensez que l’art visuel est en perpétuelle évolution ?

Oui, je pense que l’art visuel s’adapte avec les besoins de créer, les nouveaux matériaux et les nouvelles technologies.

Avec votre expérience, avec ce que vous avez vu et vécu en tant qu’artiste-peintre, pensez-vous que l’art visuel restera « traditionnel » ou si vous pensez que l’art visuel évoluera avec la technologie dans les prochaines décennies ?

L’art visuel ne peut rester traditionnel. La technologie offre des outils nouveaux et tellement intéressants pour permettre aux artistes de pousser plus loin la création.

Jusqu’où ira-t-on ? Jusqu’où pourrait-on dire « ceci reste de l’art » ?

Je pense que c’est impossible de prédire jusqu’où l’art visuel sera poussé. Par contre on peut prévoir que les anciens procédés, même s’ils seront moins utilisés auront toujours une place tant que ceux qui les ont utilisés seront en vie. Je pense sincèrement être incapable de répondre à cette question. L’art dans 100 ans d’ici n’aura peut-être plus la même signification. Les critères d’aujourd’hui ne seront plus les mêmes tout comme ceux d’aujourd’hui sont différents de ceux d’il y a cent ans. Heureusement, les artistes se réfèrent encore à ce qui c’est fait dans le passé. On s’émerveille toujours devant un Rembrandt, un Turner, un Van Gogh, un Degas et tant d’autres etc, etc,. Je pense que si l’œuvre a une âme, ce sera toujours de l’art. Mais c’est ma humble opinion qui n’aura pas vraiment de poids dans plusieurs années !!

Y aura-t-il un moment où l’art sera dénaturé au profit de la performance informatique, selon vous ?

Probablement que oui, si la technique prend le dessus sur ce qui est artistique. Je pense, (encore ici c’est mon humble opinion) que pour qu’une œuvre d’art soit une œuvre d’art, il faut un pourcentage de technique, un pourcentage de talent, un pourcentage d’inspiration et le reste c’est l’âme qui transparaît. Une œuvre trop technique, sans âme, n’a pas cette capacité de toucher les êtres. C’est beau, c’est esthétique mais il y manque quelque chose. Lorsqu’il y a une âme dans l’œuvre, elle vibre, elle a une vie par elle-même, elle communique quelque chose. L’informatique offre une possibilité monstre au niveau technique et le danger serait que l’art visuel deviennent trop technique ; par contre je suis certaine qu’il y aura des artistes aux capacités créatrices aussi poussées qui sauront faire un usage juste de la technique qu’offre l’informatique combiné à l’artistique, cette énergie créatrice qui appartient à l’être humain. Il y aura je pense des œuvres merveilleuses qui seront créées dans le futur.

On dit souvent que les artistes sont des êtres solitaires, qu’ils sont « seuls », que ce sont des individus « à part des autres », êtes-vous de cet avis ?

Oui.

Vous sentez-vous seul(e) ? Etes-vous fondamentalement solitaire ? Ou avez-vous besoin de vous entourer de gens pour créer ?

Je ne me sens pas seule. Mais j’ai besoin de solitudes pour être connectée à moi-même pour produire. Je pense que oui, même si j’ai besoin d’être entourée de gens j’ai absolument besoin de solitude pour créer. Dans un pourcentage ça ressemblerait à ceci 75% de solitude pour 25% de social !

Lorsque je suis entourée de gens, je suis trop dispersée pour créer, par contre, les gens sont inspirants pour ce qu’ils sont, ce qu’ils communiquent. Mais j’ai absolument besoin de solitude pour créer. La solitude me permet de faire le vide, de me recentrer pour être connectée à moi-même, pour contempler ce qui m’habite, ce qui m’inspire.

Quelle est votre source d’inspiration ?

C’est difficile à répondre. Je pense que c’est un mélange de quelque chose qui m’habite. C’est des souvenirs, des impressions, des sentiments, les gens que j’aime, les paysages vus, la nature, la pluie, le vent, c’est aussi l’imaginaire, c’est un mélange de tout ça que je porte en moi.

Et quelle est votre source de motivation ?

Il y en a deux. Pour la première, j’ai souvent l’impression que le processus de motivation se fait à mon insu. Ça répond plus à un besoin d’expression qui s’enclenche par lui-même. Il y a des périodes très difficiles à traverser où je me dis je ne peindrai plus, je ne dessinerai plus ; bref je veux y mettre un terme mais j’y arrive pas. C’est quelque chose de plus fort que moi et sans m’en rendre compte, je me retrouve en train de dessiner ou peindre. Ça répond donc à un besoin que j’ai de m’exprimer par l’art. La deuxième source de motivation est la réaction positive de l’entourage sans laquelle je mets plus facilement tout en doute. J’ai un besoin vital du support de ceux qui m’entourent qui croient en moi.

Est-ce que votre famille a été solidaire de votre décision de « devenir » artiste ou si elle vous a découragé en disant que c’était difficile d’en vivre ?

Non ma famille n’était pas solidaire de cette décision, et j’ai dû attendre la trentaine pour faire enfin des études dans mon domaine.

Comment s’est fait cette décision ?

Après mon divorce, suivi d’une année sabbatique au cours de laquelle j’ai pris le temps de m’informer des divers cours qui pouvaient correspondre à mes besoins. J’étais rendu à rendre vie et personnalité à mes dessins et personnages. L’animation correspondait tout à fait à cette démarche. J’ai donc opté pour le dessin animé au Collège Algonquin (Ottawa).

Quelle a été la réaction de votre famille ?

Certains m’ont demandé pourquoi ? et suivi du discours normal qu’on sert : « tu vas crever de faim ! ». D’autres par contre, m’ont encouragée.

A quel moment vous êtes-vous intéressé(e) à l’art ? Lorsque vous étiez enfant ? Adulte ? Par hasard ?

Lorsque j’étais enfant. J’avais 3 ans et demi lorsque je m’en suis rendu compte. Parfois je pense que je ne me suis pas intéressé à l’art, mais que l’art c’est intéressé à moi, mais je ne le dis pas trop fort ça l’air prétentieux !! Les futurs artistes devraient naître avec une étiquette sur le front disant « Artiste, manipulez avec soin » !!!.

Quels ont été les obstacles majeurs que vous avez rencontrés au cours de votre carrière ?

Il y en a tellement. Le plus gros vient du fait que la profession n’est pas reconnu en tant que telle. Il n’y a pas d’industries et d’infrastructures qui permettent aux artistes de vivre de leur art. Pour ma part, j’ai dû travailler de jour et produire le soir et une grosse partie de la nuit 7 jours sur 7. L’épuisement physique est une des conséquences de ce mode de vie. À un moment donné il est difficile de produire dans de telles conditions. Ensuite, si on regarde un peu plus ce qui devrait servir de base à la profession on se rend compte que les droits d’auteurs ne sont pas enseignés dans les écoles et sont bafoués par plusieurs qui enseignent en cours privé. Les écoles, du primaire au secondaire n’ont pratiquement pas de professeurs capables d’enseigner l’art. On enseigne les maths avec une importance capitale, mais l’art c’est un cours de loisir où les attentes ne sont pas très élevées. Bref l’art est associé aux loisirs à la relaxation, mais n’est pas considéré comme une discipline importante. Les fondations de la profession sont précaires alors il n’est pas surprenant qu’encore de nos jours les parents aient beaucoup de réticences à voir leurs enfants choisir l’art en tant que carrière. Les obstacles sont nombreux ensuite du côté des expositions. On a comme critère de sélection que les œuvres ressemblent aux reproductions d’œuvres américaines qu’on trouve dans les centres d’achat. On recherche donc l’homogène le commercial. Si un artiste a ce quelque chose d’un peu trop originale, on ne se gêne pas pour le refuser. La mentalité aussi que plusieurs ont qu’un artiste doit n’avoir qu’un style reconnaissable en tout temps. En réalité ce genre d’attente limite les artistes dans leur création. À mon avis un artiste doit être capable d’exprimer en image une variété infinie de styles, de textures, de thèmes, de coups de pinceaux. Si on tire un parallèle avec le cinéma, on reconnaît un grand acteur par sa capacité de jouer les bons, les méchants, les fous, les génies etc ; Bref une gamme infinie de personnages. Je vois les arts visuels sous cet angle.

Pensez-vous que tous les artistes passent par les mêmes obstacles ? Les mêmes embûches ou si vous pensez que chaque artiste a ses « propres » obstacles ?

Je pense qu’effectivement plusieurs artistes passent par les mêmes obstacles et je pense aussi que d’autres artistes ont des obstacles qui leur sont propres parce selon le milieu d’où ils sont issus. Certains auront le support parental pour les études mais ensuite au niveau de la profession en tant que tel, ils font face à l’obstacle majeur, l’industrie des arts visuels n’est pas adéquat pour permettre aux artistes de vivre de leur art. La majorité devront donc s’investir dans deux carrières parallèles.

Quel est le souvenir le plus heureux de l’une de vos expositions gardez-vous en souvenir ?

Je suis toujours émerveillée de voir ce que font les autres artistes. De discuter et d’échanger avec eux. C’est tellement stimulant que chaque exposition apporte des souvenirs heureux. Les Artzoomades 2003 et 2004 en France sont je pense les expositions qui m’apportent beaucoup de bonheur. C’est un tournant important et décisif parce que c’est la réalisation du rêve d’exposer outre-mer.

Et quel serait le plus malheureux ?

Probablement celle où j’ai vu des artistes tellement compétitifs démolir en parole les œuvres d’artistes débutants.

Qu’est-ce qu’il faudrait améliorer dans le domaine des arts professionnels selon vous ?

Tellement de choses… Premièrement il faudrait qu’on ait des infrastructures pour l’industrie des arts visuels. Un peu comme en musique. Bref qu’on protège le marché pour que les images sur les cartes de souhaits, les posters, les affiches, les imprimés etc, proviennent majoritairement de peintres québécois. Allouer des budgets pour les projets et événements artistiques. Il faudrait répertorier les artistes, et leur allouer des budgets afin qu’ils n’aient plus à s’investir dans deux carrière ce qui leur donnerait enfin le temps pour qu’ils puissent produire. Tiens ça serait faisable si les gouvernements ou l’industrie achetait une partie de la production annuelle artistique. Il faudrait aussi que les écoles du primaire au secondaire offre des cours d’art digne de ce nom. La géométrie serait plus facilement assimilable et pas du tout ennuyeuse dans un cours de dessin. L’histoire de l’art de même que les droits d’auteurs pourraient facilement être intégrés dans le cours de français. Il serait possible également de mettre sur pied dans les écoles des projets pilote pour apprendre aux jeunes artistes à vendre leur produits artistiques. Enseigner les rudiments de la promotion et de la diffusion et de la distribution de leurs œuvres. Enseigner également à travailler en collaboration au lieu de faire des concours et des compétitions.

Si vous aviez un conseil à donner à un jeune artiste qui désire se lancer dans le domaine, quel conseil lui donneriez-vous ?

De toujours persévérer. De se rassembler pour améliorer les conditions de vie des artistes.

Pensez-vous qu’Art Zoom (l’association Galerie Art Zoom ou l’agence des artistes de Art Zoom) a sa raison d’être dans le milieu de l’art contemporain international ?

Tout à fait. Art Zoom répond à un besoin. En permettant et facilitant les échanges internationaux Art Zoom est plus qu’un pont entre le Québec et l’Europe c’est une porte qui s’ouvre sur de nouvelles possibilités.

En quoi être cybermembre ou membre de l’Association Galerie Art Zoom a été positif pour vous ?

Art Zoom m’a procuré une visibilité accrue via internet en plus de me donner l l’accès à tellement d’informations sur les droits d’auteurs et des renseignements essentiels relatifs à ma profession. Également, par Art Zoom j’obtiens des réponse à mes questions.

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie d’artiste ?

Beaucoup de chose. Art Zoom m’apporte visibilité, reconnaissance, support, encouragement, structure, informations, nouvelles opportunités, c’est maintenant plus facile pour moi d’établir des objectifs et de travailler à les atteindre.