TECHNIQUE
Peinture glycérophtalique sur papier ou carton
Acrylique sur toile ou carton entoilé
Art numérique
Photographie
Travaillé de différentes manières
SON APPROCHE ARTISTIQUE
Peinture acrylique sur toile ou sur carton entoilé
Au sein de la création de Naïma Saadane, des formes géométriques ponctuent parfois l’espace pictural, comme des points de suspension dans le temps et l’espace, attendant de trouver leur place définitive. L’abstraction géométrique rappelle les mathématiques, un univers dans lequel l’artiste se sent confortable. Dans certaines cosmogonies, le monde du chaos originel précède la création dont l’énergie met en espace les formes enfouies dans le magma originel.
L’abstrait domine l’ensemble du travail pictural de l’artiste, comme une constante, offrant la liberté infinie de s’exprimer, sans contrainte, par l’utilisation des formes et des couleurs. Cet agencement ordonné, hiérarchisé par la géométrie, se distingue d’une écriture plus libre, plus légère que l’on peut également rencontrer dans la peinture acrylique de Naïma Saadane, montée sur toile ou sur carton entoilé. Lorsque certaines formes se détachent dans une abstraction plus lyrique, elles sont fantomatiques. Ces silhouettes errent entre ciel et terre, entre ciel et mer, attendant de trouver leur propre univers.
Certaines oeuvres, qui semblent plus chaotiques que d’autres, symbolisent pourtant la genèse d’un ordre, d’une hiérarchie, d’un moment-clé où le chaos va incessamment s’estomper pour laisser place à une forme ordonnée, à une nouvelle relation et, donc, à une nouvelle lecture de l’oeuvre. La création artistique est une mise en forme de l’esprit créateur pénétrant la matière. Peindre est un acte libérateur et constructif. Il permet de mettre les idées en place, de les ordonner et, finalement, de les rendre visibles.
Peinture glycérophtalique sur papier ou sur carton
En ce qui a trait à la peinture glycérophtalique sur papier ou sur carton, les oeuvres de Naïma Saadane sont issues d’un certain procédé de création impliquant l’eau. Elles évoquent des atmosphères souvent éthérées qui contribuent à la réflexion sur le monde invisible qui nous entoure. L’artiste illustre des atmosphères – véritables microcosmes et macrocosmes, selon la perspective de réflexion du spectateur – qui représentent des univers particuliers. Seules les silhouettes accidentelles nous parviennent comme des songes irréels aux contours figuratifs, guidant le public vers d’autres méditations. Univers cosmique ou abysse marin, il n’y a aucune limite – ni commencement, ni fin. Il n’y a que le spectateur, seul, devant l’oeuvre, conciliant les contraires, réalisant une synthèse des opposés, accomplissant en lui l’harmonie du conscient et de l’inconscient, pour réaliser l’équilibre dynamique des réconciliations; une sorte de cohabitation de rationnel et de l’irrationnel, de l’intellect et de l’imaginaire, du réel et de l’irréel, du concret et de l’abstrait.
Photographie numérique
Autre médium, autre façon de percevoir la réalité qui nous entoure. La photographie, par sa fonction de capturer le visible, immortalise une infime parcelle du temps qui passe. Les moments présents sont captifs. L’artiste sélectionne des tranches de ce temps qui file, de préférence loin des tumultes de la vie humaine. Les plages et les villes sont désertées, les scènes sont épurées avec soin, les grands espaces sont libres de tout artifice; rien d’humain ne vient déranger la contemplation.
Ce concept de liberté, rendue visible par la photographie, propose une connexion spatiale avec l’immensité, le vide, le néant, l’espace… L’espace intérieur dans lequel tout être (individuel ou collectif) se meut.
Par ses photographies-concepts, Naïma Saadane nous permet de voir une esthétique universelle. Peu importe d’où part le regard, la totalité de l’espace – de l’immensité – n’est vue qu’en partie. L’infini est présenté même sur une surface limitée, c’est-à-dire sur la photo imprimée. Le temps passe, le moment présent file vers l’éternité.
L’art numérique
Naïma Saadane fait figure de pionnière dans l’art numérique. Ayant brièvement fait des études en analyse et politique économique à la Sorbonne à Paris (France) avant d’enseigner les mathématiques dans des centres de formation professionnelle et d’être adjointe d’éducation dans un lycée en Algérie, elle a brillamment intégrer les mathématiques au coeur de sa pratique artistique.
Ses premières oeuvres numériques étaient d’étonnantes constructions symétriques kaléidoscopiques produites avec un logiciel de traitement de l’image dont il a fallu retravailler les paramètres tels que le nombre d’orbite, l’aspiration radiale, l’angle de rotation, etc. Un tel effet rappelaient la perfection de la nature sous un thème floral. Certaines d’entre elles, extrêmement complexes, touchaient à l’art du mandala dont le point central représentait le soleil, qui rayonnait tel un puissant symbole de vie.
Ses estampes numériques ont suscité beaucoup d’intérêt en France et au Canada, notamment dès 2006 avec un 2e prix à la Biennale internationale des arts numériques en Val d’Argent, en Alsace (France), qui a été un véritable point de départ vers une pratique intensive de l’art numérique pour l’artiste déjà multidisciplinaire. Le thème était alors « Les mondes souterrains ».
Les formes libres ont fait leur apparition, apportant avec elles des couleurs très vives. L’abstraction avait trouvé sa place dans un univers très structuré, très équilibré, très cartésien. Des personnages ont ensuite émergé du chaos primordial, nés d’un big bang dans l’imaginaire de l’artiste qui désirait exprimer une certaine liberté dans ses compositions.
En 2008, l’artiste participe au thème « Le Rêve » et obtient le 1er prix lors de cette même biennale en France pour la catégorie « oeuvres 2D ». Cet élan de reconnaissance lui a permis d’accéder à un autre niveau dans l’art numérique avec des formes réalistes issues de l’imaginaire collectif.
Au niveau de l’art contemporain, au fil des décennies, l’informatique s’est imposée comme outil de travail, mais aussi comme outil de création. La démocratisation de l’informatique a permis une grande ouverture au niveau des arts visuels. Bien que tous les artistes n’en fassent pas usage, on constate que l’informatique se retrouve de plus en plus présente à divers niveaux de la production artistique, ne serait-ce que pour aller plus loin dans la représentation visuelle de l’immensément grand et de l’immensément petit, des univers visibles et invisibles, des créatures imaginaires inventées ou ré-inventées selon le folklore populaire, comme nous le propose Naïma Saadane dans ses oeuvres numériques.
Pour l’artiste, l’art numérique lui a permis de réaliser de nombreux mandalas numériques, des oeuvres géométriques très complexes et très mathématiques (en les créant à partir de calculs exponentiels). L’artiste a touché ainsi à la genèse d’un ordre, dans une abstraction géométrique – qui a rejoint sa propre démarche pour sa peinture traditionnelle.
La nanoartographie
Portée par la puissance de calcul de l’ordinateur et le développement d’interfaces électroniques autorisant une interaction entre le sujet humain, le programme et le résultat de cette rencontre, la création numérique (l’art numérique) s’est considérablement développée en déclinant des catégories artistiques déjà bien identifiées. En effet, des sous-catégories spécifiques telles que: la réalité virtuelle, la réalité augmentée, l’art audiovisuel (plus précisément les effets spéciaux générés par l’ordinateur), l’art génératif (par algorithmes), ou encore l’art interactif (art dynamique qui interagit avec son public et/ou son environnement) viennent compléter les désignations techniques du Net-art, de la photographie numérique ou de l’art robotique. Soulignant la nécessité de construire un dialogue entre les médias traditionnels (peinture, sculpture, dessin) et les nouveaux médias, les beaux-arts numériques ont été créés. Les arts numériques utilisent les technologies et logiciels de leur temps. Le renouvellement incessant de l’informatique ainsi que l’obsolescence programmée de l’équipement peuvent rendre difficile, voire impossible la maintenance des œuvres numériques. Plusieurs techniques entrent dans les arts numériques, notamment l’art fractal, les capteurs d’interfaces (captation du gestes et autres), l’estampe numérique, le game design, l’impression 3D, l’infographie 2D et 3D (l’imagerie assistée par ordinateur), la programmation numérique, etc. Finalement, la nanoartographie s’est rajoutée comme catégorie artistique découlant directement de l’art numérique.
Ce genre a fait son entrée en 2016 dans la pratique de l’art numérique de Naïma Saadane. Sa participation à la compétition internationale de l’image scientifique a donné lieu à des séries thématiques qui ont permis de cultiver les fruits de cet heureux mariage de l’art et de la science. En 2017, Naïma Saadane fait partie des finalistes de la 3e édition du concours en hommage au professeur Tadeusz Malinski en partenariat avec la Galerie Roi Doré à Paris (France). Sa participation, en 2019, a donné lieu à un intérêt pour une collaboration, dès 2020, entre les sciences de la terre, la photographie microscopique, les possibilités infinies de l’informatique et le talent artistique.
Démarche écrite par HeleneCaroline Fournier, experte en art et théoricienne de l’art, février 2020

