Entrevue réalisée par HeleneCaroline Fournier, experte en art et théoricienne de l’art, pour le compte du CIAAZ, avec Bernard Hild, peintre et photographe de Mont Saint-Martin (France), ce 7 mars 2017.


ENTREVUE AVEC BERNARD HILD

ArtZoom : Est-ce que vous pensez que l’art visuel est en perpétuelle évolution? Avec votre expérience, avec ce que vous avez vu, vécu et/ou entendu, en tant qu’artiste, pensez-vous que l’art visuel restera «traditionnel» ou si vous pensez que l’art visuel penchera de plus en plus avec la technologie ? Jusqu’où ira la présence technologique dans l’art ? Jusqu’où pourrait-on dire «ceci reste de l’art»? Y aura-t-il un moment où l’art sera dénaturé au profit de la performance informatique, selon vous?

B. Hild : L’art visuel est en perpétuelle évolution, avec des retours en arrière, de temps en temps, suivant la mode. L’art visuel traditionnel restera, avec des hauts et des bas. La mode, c’est une roue qui tourne et revient toujours à son point de départ.

Tout est art, mais nous avons la liberté d’aimer ou de ne pas aimer – et de le dire. J’aime l’art numérique, mais pas n’importe lequel. 98% est très mauvais, ça devrait être interdit de prendre une photo du net, y mettre quelques taches de couleur et une signature.

ArtZoom : On dit souvent que les artistes sont des êtres solitaires, qu’ils sont «seuls», que ce sont des individus « différents des autres », êtes-vous de cet avis? Vous sentez-vous seul(e)? Êtes-vous fondamentalement solitaire? Ou avez-vous besoin de vous entourer de gens pour créer?

B. Hild : Je suis un être solitaire au niveau de la création. Je me sens différent, en public. Je n’ai pas beaucoup de conversation. Mon épouse et nos chats sont mon entourage. J’ai quelques très bons amis artistes avec qui j’aime communiquer et j’ai plaisir à les rencontrer.

ArtZoom : Quelle est votre source d’inspiration? Et que faites-vous pour conserver votre motivation à créer ?

B. Hild : Ma source d’inspiration est la vie de tous les jours. Des choses comme le puritanisme, La Manif pour tous, les injustices de toutes sortes me motivent. J’y réponds de manière non frontale et à ma guise.

ArtZoom : Est-ce que votre famille a été solidaire de votre décision de « devenir » artiste ou si elle vous a découragé en disant que c’était difficile d’en vivre? Comment s’est fait cette décision de devenir artiste professionnel(le)? Quelle a été la réaction de votre famille à l’époque ? Quelle est la réaction de votre famille aujourd’hui ?

B. Hild : Ma famille m’a encouragé à devenir artiste. Différents hasards ont fait que je suis devenu artiste professionnel, je n’ai rien vu venir. Maintenant, mon épouse trouve que mes passions peinture et photographie me prennent beaucoup de temps, mais elle est très compréhensive.

ArtZoom : A quel moment vous êtes-vous intéressé(e) à l’art? Lorsque vous étiez enfant ou une fois adulte?

B. Hild : Je me suis intéressé à l’art très tard, une fois adulte. Le Fauvisme m’a beaucoup plu alors que je n’avais aucune culture artistique. Cela a été un vrai révélateur.

ArtZoom : Quels ont été les obstacles majeurs que vous avez rencontrés au cours de votre carrière? Pensez-vous que tous les artistes passent par les mêmes obstacles? Ou si vous pensez que chaque artiste a ses « propres » obstacles?

B. Hild : Chaque artiste se crée ses propres limites.

ArtZoom : Quel est le souvenir le plus heureux de l’une de vos expositions gardez-vous en souvenir? Quel serait le souvenir le plus malheureux ?

B. Hild : Le souvenir le plus heureux c’est lorsque j’ai mis en exposition un tableau très cher pour qu’il ne soit pas vendu, je considérais qu’il n’était pas fignolé. Il a été vendu immédiatement. Depuis, plus de fignolage, la perfection enlève un certain cachet à mes toiles.

Le plus malheureux souvenir, c’est une exposition où aucune communication n’avait été faite pour annoncer l’événement.

ArtZoom : Qu’est ce qu’il faudrait améliorer dans le domaine des arts visuels, au niveau professionnel, selon vous pour améliorer la qualité de vie des artistes professionnels ?

B. Hild : Ce qu’il faudrait améliorer dans le domaine des arts visuels, au niveau professionnel, ce serait de multiplier les événements et les lieux d’exposition. En ce moment, c’est la récession et c’est le contraire qui se passe : les lieux d’expositions disparaissent, surtout les lieux gratuits.

ArtZoom : Si vous aviez un conseil à donner à un(e) jeune artiste qui désire se lancer dans le domaine, quel conseil lui donneriez-vous?

B. Hild : Je donne comme conseils aux jeunes : faites ce qui vous plaît, comme vous l’entendez. Ne tombez pas de le panneau de faire comme tout le monde.

ArtZoom : Pensez-vous que l’artiste contemporain doit obligatoirement exposer dans un autre pays pour obtenir une reconnaisance professionnelle dans son propre pays ? L’adage « nul n’est prophète en son pays » est-il vrai, selon vous ?

B. Hild : J’aime exposer dans d’autres pays, mais cela n’est pas obligatoire, mais c’est très certainement un plus.