Oeuvre expliquée par l’herméneutique de l’art
Par HeleneCaroline Fournier, experte en art et théoricienne de l’art, rédactrice spécialisée, critique, journaliste spécialisée indépendante, évaluatrice en collections – avril 2023
Paysages célestes est une encre de Chine sur papier aquarelle, travaillée en lavis monochrome. Cette oeuvre se regarde dans les deux sens. Dans le sens vertical, on y voit une chute d’eau et des arbres qui poussent sur les parois rocheuses qui bordent une cascade. Dans le sens horizontal, on y voit une silhouette de femme qui glisse ou qui se baigne dans un torrent au bord duquel des arbres s’érigent vers le ciel. Du fait de sa lecture dans les deux sens, l’oeuvre a plusieurs interprétations. L’eau est un élément important, elle est à la fois source de vie, moyen de purification et centre de régénérescence. Les eaux représentent l’infinité des possibilités, elles contiennent tout le virtuel, l’informel, le support de la vie ainsi que toutes les promesses de développement. S’immerger dans les eaux pour en ressortir sans s’y dissoudre totalement, sauf par une mort symbolique, c’est retourner aux sources, se ressourcer dans un immense réservoir de potentiel et y puiser une force nouvelle. L’eau, opposée au feu, est yin. La montagne a une symbolique multiple. Elle est haute, verticale, élevée, rapprochée du ciel. Elle participe à la transcendance. Elle va à la rencontre du ciel et de la terre. Dans plusieurs traditions, la montagne est la demeure des dieux et le terme de l’ascension humaine. Les étapes de la vie mystique sont souvent décrites comme une longue ascension. La montagne exprime aussi les notions de stabilité, d’immuabilité, parfois même de pureté. De façon générale, cette paroi rocheuse qui monte vers le ciel peut être associée au centre et à l’axe du monde d’où la source de vie (l’eau) est issue. Dans la peinture chinoise classique, la montagne s’oppose à l’eau comme le yang au yin. L’immuabilité à l’impermanence, la première est le plus souvent figurée par le rocher et la seconde par la cascade. Les arbres sont symboles de vie. Ils sont sacrés. L’arbre est la figure symbolique de l’entité qui dépasse l’humain. Il est en perpétuelle évolution, en ascension vers le ciel, il évoque tout le symbolisme de la verticalité. Il sert aussi à symboliser le caractère cyclique de l’évolution cosmique. L’arbre met aussi en relation les trois niveaux du monde: le souterrain, la surface et les hauteurs qui sont attirées par la lumière du ciel. C’est la colonne vertébrale, en quelque sorte, qui soutient le corps humain, temple de l’âme. Il s’élève au-dessus du champ de réflexion terrestre. Dans la version où l’on voit la silhouette féminine, on peut y voir la rencontre d’une aspiration humaine, la transcendance et l’instinct naturel. Le féminin personnifie un aspect de l’inconscient nommé anima (la personnification de toutes les tendances psychologiques féminines de la psyché de l’homme) qui, dans des traditions anciennes, était utilisée pour sonder la volonté des dieux et communiquer avec eux. Cette anima glisse ou se baigne dans les eaux qui descendent des montagnes. Dans la version verticale où l’anima est moins visible, elle se transforme en brouillard ou en brume, évoquant une période transitoire entre deux états. Ce brouillard précède les révélations importantes, c’est le prélude à une manifestation. Compte tenu des éléments symboliques qui donnent le contexte, il s’agit là d’un préambule à quelque chose qui sera d’ordre spirituel pour l’artiste.
Oeuvre expliquée par l’herméneutique de l’art
La lumière dans la nuit de Mahesvari est une aquarelle de 20 x 20 cm. Cette oeuvre est très personnelle à l’artiste. C’est sa vision du monde. Dans de nombreux cas, les frontières restent indécises entre la lumière-symbole et la lumière-métaphore. En s’engageant vers la lumière, on s’engage dans un chemin qui semble pouvoir mener au-delà de la lumière, au-delà de la forme, au-delà de la sensation d’être dans cette lumière. La lumière est toujours mise en relation avec l’obscurité. Elle est tournée vers l’évolution personnelle et spirituelle.
La nuit fait ici référence au monde qui nous entoure, rempli de noirceurs et de dangers. Le phare est une métaphore de l’espoir dans ce monde dangereux. Seul le navigateur en perdition peut voir cette lumière. L’île rocheuse est présentée dans cette oeuvre comme le côté solitaire des Hommes. Chacun de nous est seul au monde, sur son bout de caillou, avec l’idée très personnelle de ce qu’est l’espoir. L’île est entourée d’eau (de vie), mais aussi de dangers (les vagues, les courants invisibles, les rochers, etc.). La Lumière du phare éclaire dans toutes les directions, mais la nuit reste noire, en attendant le lever du jour. L’éclairage dans le phare est la propre lumière intérieure de l’individu, mais cette lumière est personnelle et unique à chacun. Quelques étoiles dans le firmament rappellent les croyances spirituelles de chacun (ou des guides spirituels), mais chacun a ses constellations (selon son point de vue). Ces étoiles n’éclairent pas pleinement la nuit. Ces étoiles ne sont que l’illusion d’être guidé vers un lieu réconfortant.
La lumière sous ses diverses formes est souvent, dans les traditions anciennes, l’objet ou le point de départ de comparaisons, de métaphores et de riches symboles. Dans plusieurs traditions anciennes, dans certaines légendes, les héros ou sauveurs viennent le jour, après qu’une lumière merveilleuse ait envahi leur maison (autre symbole personnel). Si la lumière solaire est l’expression de la puissance céleste, la nuit reste un symbole de sommeil, de rêves, d’angoisse et de mort. La nuit parcourt le ciel, enveloppé d’un voile sombre. La nuit symbolise le temps des gestations, des germinations, mais aussi des conspirations qui vont éclater au grand jour. Elle est l’image de l’inconscient. L’espoir est néanmoins présent dans ce monde pour qui sait regarder au-delà des apparences trompeuses de la nuit. L’espoir n’est pas dans les étoiles, ni dans une bâtisse éclairée, mais ces lumières peuvent quand même sauver l’âme perdue qui s’accroche à quelque chose pour survivre dans le tumulte de la vie. Il n’y a rien qui remplace la vraie lumière du soleil, source de chaleur et de vie.
Dans cette oeuvre, le bleu domine. C’est la plus immatérielle des couleurs. Entrer dans le bleu, c’est passer de l’autre côté du miroir. C’est le chemin de la rêverie. Il est le climat de l’irréalité ou de la surréalité. Il résout les contradictions, les alternances, comme le jour et la nuit, qui rythment la vie humaine. Comme le disait Kandinsky, le bleu est « à la fois un mouvement d’éloignement de l’homme et un mouvement dirigé uniquement vers son propre centre qui, cependant, attire l’homme vers l’infini et éveille en lui le désir de pureté et une soif de surnaturel ».
L’arbre esseulé qui se dresse vers le ciel est l’autoportrait de l’artiste qui établit un rapport symbolique entre la terre et le ciel selon sa philosophie de vie. L’artiste regarde ce monde et tente de trouver sa place aux côtés des différents éléments qui composent ce monde remplit de noirceurs et de dangers… et cherche l’espoir à sa façon.
Par HeleneCaroline Fournier, experte en art et théoricienne de l’art, rédactrice spécialisée, critique, journaliste spécialisée indépendante, évaluatrice en collections – octobre 2024

La Lumière dans la nuit (2024)
aquarelle sur papier, 20 x 20 cm
